Données sociodémographiques

Combien de musulmanes et musulmans vivent en Suisse ?

Selon l’Office fédéral de la statistique, 371’680 musulmanes et musulmans vivaient en Suisse à la fin de l’année 2018, un chiffre qui correspond à 5,3 % de la population résidente permanente totale. Ces chiffres n’incluent cependant que les personnes âgées de 15 ans et plus qui résident durablement en Suisse et qui vivent dans un ménage privé. Des estimations supposent qu’un nombre supplémentaire d’environ 110’000 musulman∙e∙s âgé∙e∙s de 0 à 14 ans vivraient en Suisse (Schmid, Schneuwly Purdie, Lang & Tunger-Zanetti, 2018), de sorte qu’on peut évaluer la population de culture et/ou confession musulmane total à quelques 480’000 personnes.

Au cours des vagues d’immigration qui se sont constituées par le recrutement de travailleuses et travailleurs étrangers∙ères, le regroupement familial et l’accueil de réfugié∙e∙s, le nombre de musulman∙e∙s vivant en Suisse a fortement augmenté entre 1970 et 2000. Leur pourcentage dans la population résidante permanente ne représentait que de 0,2 % en 1970 (11’078 personnes). Il a triplé en 1980 pour atteindre 0,7 % (34’476 personnes). Depuis 2000, même si la population de culture et/ou confession musulmane a augmenté, le taux de croissance a lui diminué.  En effet, de 3,6 % en 2000, le pourcentage a augmenté à 4,8 % en 2010 et à 5,2 % en 2018.

Part des musulman∙e∙s dans la population totale

Population totale Nombre de musulman∙e∙s Part en %
1970 4’575’416 11’078 0,2 %
1980 4’950’821 34’476 0,7 %
1990 5’495’018 86’898 1,6 %
2000 5’868’572 210’580 3,6 %
2010 6’519’253 315’923 4,8 %
2018 7’084’068 371’680 5,2 %

Source : Office fédéral de la statistique, Neuchâtel, RS 2016-2018.

De quelles nationalités sont les musulmanes et musulmans en Suisse?

Une majorité de musulman∙e∙s de nationalité suisse

En 2018, plus d’un tiers des musulman∙e∙s (35,7 %) en Suisse ont la nationalité suisse, ce qui en fait la nationalité la plus fréquente. C’est entre 2000 et 2010 que la proportion de Suisse∙sse∙s parmi les musulman∙e∙s augmente considérablement, passant de 12,5 % à 32,5 %. Depuis lors, l’augmentation du taux s’est quasiment stabilisée. L’évolution durant la décennie 2000 s’explique par le délai relativement long de 12 ans (10 ans depuis la loi de naturalisation simplifiée du 1 janvier 2018) pendant lequel une personne doit avoir vécu sur le territoire pour pouvoir prétendre à la nationalité. Ainsi, la forte augmentation des naturalisations entre 2000 et 2010 est consécutive à l’augmentation de la population musulmane entre 1990 et 2000 et coïncide avec la période à laquelle les migrant∙e∙s d’hier remplissent les conditions requises pour obtenir la naturalisation. Cela est particulièrement vrai pour le grand nombre de personnes réfugiées venues des pays des Balkans en Suisse dans les années 1990 et qui ont été davantage admis dans les cantons suisses alémaniques (Voir p.e. Bashkim, Ruedin, Bader & Efionayi-Mäder, 2014, p. 36).

Fin d’un ‘Roestigraben’ sur les naturalisations ?

Jusqu’à récemment, on constatait une différence importante dans le nombre de musulman·e·s de nationalité suisse entre la Suisse romande et la Suisse alémanique. En effet, en l’an 2000, la Romandie avait presque le double de nationaux musulmans (18,7 %) que la Suisse allemande (9,8 %) (Gianni, Schneuwly Purdie, Lathion & Jenny, 2010, p.20). Une explication réside dans la période d’établissement des populations d’origine maghrébine qui se sont antérieurement et majoritairement installées en Suisse romande dans les années 1970 et 1980. Au contour du millénaire, une part importante était ainsi déjà naturalisée (Fibbi et al., 2014, p. 57). À partir de la décennie 2000, l’accès à la naturalisation des ressortissant·e·s des Balkans corrige petit à petit cet écart. En effet, la Suisse alémanique connait une population musulmane des ex-provinces de Yougoslavie quantitativement plus importante que la Suisse romande. L’accès à la naturalisation de ces migrant·e·s d’hier estompe ces différences régionales.

Cependant, entre 2016 et 2018, les Suisse∙sse·s musulman∙e∙s sont toujours plus nombreux en Suisse romande (41 %) qu’en Suisse alémanique (34 %). Au Tessin, la proportion de musulman∙e∙s suisses se situe très probablement entre ces deux chiffres, mais les données à disposition ne permettent pas de faire des estimations fiables.

Qu’en est-il des converti∙e∙s ?

Enfin, il faut garder à l’esprit que le groupe des musulmanes et musulmans suisses comprend également les Suissesses et Suisses qui se sont converti∙e∙s à l’islam. Seules des estimations à partir du nombre de personnes se déclarant musulmane mais n’étant pas issues de la migration permettent d’avancer l’estimation d’environ 9’000 à 12’000 converti·e·s.

La diversité des nationalités comme miroir de l’histoire des migrations

Une majorité des musulman∙e∙s de Suisse (64,3 %) est donc encore étrangère du point de vue de la loi. Leurs nationalités respectives reflètent l’histoire des migrations musulmanes en Suisse[1]. Après les musulman∙e∙s suisses, le second groupe numériquement le plus important est celui qui rassemblent les personnes ayant la nationalité d’un pays des Balkans comme la Bosnie-Herzégovine, l’Albanie, la Serbie, la Macédoine, le Monténégro et le Kosovo (34,8 % au total). Le troisième groupe est représenté par les Turcs (10,4 %). Une proportion plus petite est constituée de personnes originaires d’autres États de l’Union Européenne (UE) et de l’Association Européenne Libre Echange (AELE – 4,8 %), du Moyen-Orient (4,2 %), d’Asie centrale et du Sud (3,7 %), du Maghreb (3,2 %) et de pays d’Afrique subsaharienne (2,6 %).

La Suisse, une constellation ethnico-nationale spécifique

La structure des nationalités ou des pays d’origine des musulman∙e∙s en Suisse est une particularité par rapport aux constellations de nombreux autres pays européens, car une proportion considérable d’entre eux vient des États des Balkans. Bien que la proportion de personnes originaires de pays arabophones ait approximativement triplé depuis 2000, avec 7,9 % (6,6 % en Suisse alémanique, 13 % en Suisse romande, voir ci-dessous), elle demeure une minorité par rapport au nombre total de musulman∙e∙s en Suisse.

Nationalités des musulman·e·s en Suisse

Source des données: Office fédérale de la statistique, Neuchâtel, RS 2016-2018.

Différences entre les régions linguistiques

Si, dans les régions alémanique et romande, les musulman∙e∙s suisses ou d’une nationalité balkanique sont quantitativement majoritaires, il existe des différences démographiques entre ces deux régions.

En Suisse alémanique, les Turcs et Turques constituent le troisième groupe en importance et représentent une proportion nettement plus élevée (13,8 %) qu’en Suisse romande (4,7 %). Dans cette dernière, en revanche, les personnes originaires du Maghreb et du Moyen-Orient constituent le troisième et le quatrième groupe le plus important. Bien que la proportion de Maghrébin∙e∙s dans la population musulmane de Suisse romande soit encore faible (7,8 %), elle est quatre fois plus élevée qu’en Suisse alémanique (2,2 %). La concentration accrue des Maghrébin∙e∙s en Suisse romande s’explique principalement par le fait qu’ils et elles s’y sont plus volontiers installé∙e∙s en raison de leur maîtrise du français.

Au Tessin, comme en Suisse alémanique et romande, les musulman∙e∙ de nationalité suisse ou d’un pays des Balkans sont majoritaires.

Nationalités des musulman·e·s en Romandie 

Nationalités des musulman·e·s en Suisse alémanique 

Source des données: Office fédérale de la statistique, Neuchâtel, RS 2016-2018.


[1] Les personnes ayant la nationalité suisse et une autre nationalité ne sont pas répertoriées deux fois par l’Office fédéral de la statistique et on ne les mentionne par conséquent qu’une fois ici aussi. Elles sont comptées exclusivement dans le groupe des personnes ayant la nationalité suisse.

Où vivent les musulmanes et musulmans en Suisse ?

Avec 5,6 %, la proportion de la population musulmane en Suisse alémanique n’est que légèrement supérieure à celle de la Suisse romande (4,9 %), mais nettement plus élevée qu’au Tessin (1,9 %).

Nombre de musulman·e·s par région linguistique

  Population totale Population musulmane Proportion des musulman∙e∙s en %
Suisse alémanique 5’037’964 282’210 5,6 %
Suisse romande 1’709’913 83’428 4,9 %
Tessin 315’131 6’041 1,9 %

Source des données : Office fédéral de la statistique, Neuchâtel, RS 2016-2018.

Par ailleurs, les musulmanes et musulmans vivent en moyenne moins souvent dans les zones rurales que l’ensemble de la population suisse. Ils et elles sont davantage installé·e·s dans les villes et les cantons urbains comme Bâle-Ville, Zurich, Berne, Argovie, Saint-Gall, Vaud et Genève, ainsi que dans ceux qui, depuis la Seconde Guerre mondiale, dépendent fortement du secteur industriel et attirent par conséquent de nombreux travailleurs∙euses immigré∙e∙s, comme Saint-Gall, Glaris, Schaffhouse, Soleure, Argovie et Thurgovie. Cette installation reflète l’histoire de la migration des musulman∙e∙s, dont les pères de famille sont venus en Suisse pendant les Trente Glorieuses, principalement comme travailleurs saisonniers dans l’industrie. Là où l’agriculture est traditionnellement la priorité, comme dans les Grisons, le Jura ou le Valais, la proportion de musulman·e·s dans la population est proportionnellement plus faible.

Nombre des musulmanes par canton

Canton Population totale Population musulmane Proportion des musulman∙e∙s en %
Zürich 1’261’771 80’351 6.4 %
Berne 866’007 35’270 4.1 %
Vaud 652’435 32’936 5.0 %
Argovie 565’764 37’728 6.7 %
Saint-Gall 422’600 31’780 7.5 %
Genève 385’289 23’066 6.0 %
Lucerne 339’232 15’611 4.6 %
Tessin 300’912 6’351 2.1 %
Valais 287’519 8’763 3.0 %
Fribourg 259’778 10’326 4.0 %
Bâle Campagne 242’458 12’035 5.0 %
Thurgovie 230’783 14’857 6.4 %
Soleure 230’273 16’346 7.1 %
Grisons 169’268 3’692 2.2 %
Bâle Ville 163’051 13’031 8.0 %
Neuchâtel 146’334 6’675 4.6 %
Schwyz 133’326 5’502 4.1 %
Zug 105’326 4’577 4.3 %
Schaffhouse 69’088 5’023 7.3 %
Jura 61’140 1’992 3.3 %
Appenzell A. Rh. 45’961 (1’331) 2.9 %
Nidwalden 36’682 (978) 2.7 %
Glarus 33’924 2’470 7.3 %
Obwald 31’548 (875) 2.8 %
Uri 30’246 (576) 1.9 %

Source des données : Office fédéral de la statistique, Neuchâtel, SE 2018.

Il n’existe pas de données suffisantes pour le canton d’Appenzell Rhodes-Intérieures. Pour les cantons d’Appenzel-Rhodes-Extérieures, d’Obwald, de Nidwald, des Grisons, du Tessin et d’Uri, le nombre de répondants est si faible que les chiffres donnés peuvent varier considérablement.

Combien y a-t-il d’hommes et de femmes dans la communauté musulmane en Suisse ?

La migration, une histoire différenciée selon le genre

Depuis la fin des années 1960, de nombreux travailleurs saisonniers de culture et/ou confession musulmane migrent en Suisse laissant leurs familles (épouse et enfants) dans les pays d’origine. Le masculin est ici de rigueur, tant dans ces mêmes années, l’immigration économique des femmes en provenance de pays à majorité musulmane est marginale. À cette époque, la présence de femmes de confession et/ou culture musulmane est essentiellement expliquée pour des raisons humanitaires ou politiques. Ainsi, jusque dans les années 1990, la population musulmane en Suisse est majoritairement masculine. Cependant, les politiques de regroupement familial dans les années 1970 et 1980 conjugué à l’exil de nombreuses familles lors des conflits armés notamment en Ex-Yougoslavie dans les années 1990 corrige petit à petit ce décalage démographique. Finalement, en particulier depuis le début des années 2000, la sédentarisation des migrant∙e∙s d’hier et la fondation de nouvelles familles de ceux que l’on appelle communément les deuxième ou troisième générations, ont vu la proportion de femmes et d’hommes s’équilibrer. Ainsi, entre 2016 et 2018, les hommes représentent 53 % des musulman∙e∙s de Suisse, et les femmes 47 %.

Différences genrées selon la nationalité

Toutefois, des écarts entre les différentes nationalités peuvent être observées. En effet, pour les plus grands groupes ethnico-nationaux de musulman·e·s en Suisse, à savoir suisses, balkaniques, turcs et maghrébins, le nombre de femmes est presque égal à celui des hommes. En revanche, pour les groupes issus des régions du Moyen-Orient, d’Afrique subsaharienne, des pays d’Asie centrale et du Sud, mais aussi des États membres de l’Union européenne et de l’Association Européenne de Libre-Echange (AELE), la proportion d’hommes est nettement plus élevée que celle des femmes. Ce décalage peut s’expliquer par l’histoire de la migration : d’une part, les musulman·e·s du premier groupe sont ceux qui se sont, généralement, établis depuis le plus longtemps en Suisse et qui y ont fondé leurs familles. D’autre part, les ressortissant·e·s du second groupe migrent encore souvent pour des séjours de courte durée. Ils et elles ne sont donc en principe pas accompagné·e·s s de leur famille. Ce constat concerne autant les migrations liées au travail temporaire peu qualifié que celles motivées par un projet d’études, deux formes de migration pour lesquelles il est socialement moins admis que des femmes migrent.

Source : Office fédéral de la statistique, Neuchâtel, RS 2016-2018.

Les musulmanes et musulmans en Suisse, une population jeune ?

Une population plus jeune que la population résidente permanente non musulmane

En Suisse, les musulmanes et musulmans sont en moyenne plus jeunes que la population non musulmane du pays. En 2018, une personne sur huit dans la population suisse totale était âgée de 15 à 24 ans, alors que presque un∙e musulman∙e sur cinq appartenait à cette tranche d’âge. La proportion de personnes en âge de travailler (25 à 64 ans) est également plus élevée chez les personnes de culture et/ou confession musulmane (environ 74,7 %) que dans l’ensemble de la population du pays (environ 66,4 %). Cependant, la différence est particulièrement frappante dans le groupe des personnes âgée de plus de 65 ans : Alors qu’une personne sur cinq résidant de façon permanente en Suisse a atteint cet âge, seul un musulman sur 18 est âgé de 65 ans ou plus.

Pourquoi ces différences d’âge ?

Ces différences dans la pyramide des âges ne sont toutefois pas dues au fait que les couples musulmans fondent des familles avec un nombre élevé d’enfants. Le faible nombre de seniors musulmans s’explique plutôt par le fait que beaucoup d’entre eux décident encore de retourner dans leur pays d’origine après avoir terminé leur vie professionnelle. Cependant, la moyenne d’âge relativement basse est également due au fait que l’histoire de la migration des populations de culture et/ou confession musulmane en Suisse est encore très récente. Un nombre considérable d’entre eux ne sont arrivés que dans les années 1980 et surtout 1990. Ces personnes étaient souvent encore jeunes et ont laissé leurs parents et grands-parents dans leur pays d’origine ; tandis qu’elles-mêmes ont fondé leur famille en Suisse ou ont migré avec de jeunes enfants qui, à leur tour ont eu ou auront des enfants dans ce pays.

Il sera intéressant de voir si et quand les personnes de culture et/ou confession musulmane s’installeront aussi plus durablement en Suisse à l’âge de la retraite. Comme de plus en plus de musulman∙e∙s naissent et se socialisent en Suisse (cela concernait déjà une personne sur trois il y a 20 ans) (Schneuwly Purdie, 2010, p. 24), ce n’est qu’une question de temps pour que la pyramide des âges de la population musulmane soit alignée sur celle du reste de la population du pays.

Source : Office fédéral de la statistique, Neuchâtel, RS 2018

Quel est le niveau de formation des musulmanes et musulmans en Suisse ?

Niveau de formation par rapport à la population totale

Les personnes de culture et/ou confession musulmane sont en moyenne moins bien formé∙e∙s que la population suisse totale. En effet, en 2018, une personne musulmane sur deux n’avait fréquenté que l’école obligatoire ou un équivalent dans son pays d’origine ; un peu plus d’une sur trois avait achevé une formation de niveau secondaire et environ une sur sept avait obtenu un diplôme de degré tertiaire (c’est-à-dire un enseignement professionnel supérieur, un diplôme d’une université ou d’une haute école spécialisée).

Pour l’ensemble de la population de Suisse, la répartition était, cette même année, très différente : environ une personne sur cinq avait uniquement achevé la scolarité obligatoire ; près d’une sur deux avait obtenu un diplôme de niveau secondaire II et près d’une sur trois avait terminé une formation de niveau tertiaire.

Source des données : Office fédéral de la statistique, Neuchâtel, RS 2018.

Comment expliquer ce décalage ?

Le niveau d’éducation d’un groupe dans la population est souvent considéré comme un indicateur de son intégration dans la société majoritaire. En ce qui concerne les musulmanes et musulmans de Suisse cependant, de telles évaluations seraient prématurées : le degré de formation plus bas est essentiellement dû à des facteurs historico-démographiques qui évolueront dans les décennies à venir. L’une des principales raisons du nombre élevé de personnes de culture et/ou confession musulmane sans formation professionnelle ou études supérieures réside dans la nature même des mouvements migratoires. Beaucoup d’entre eux ont en effet migré et migrent encore en tant que travailleurs et travailleuses peu qualifié∙e∙s et traduisent des manques dans des secteurs de l’économie suisse. Par exemple, ils et elles exercent dans l’industrie, la construction ou l’hôtellerie, des domaines pour lesquels une formation spécifique n’est pas forcément nécessaire. À noter toutefois que leurs opportunités d’être embauché·e·s sont plus élevées s’ils ont un diplôme attestant d’une formation. Outre une migration pour motif économique, l’exil dû à un conflit armé participe aussi à expliquer ce décalage : en effet, la guerre entraine sur les routes de l’immigration de très jeunes gens qui arrivent en Suisse sans formation, ou qui ont dû abandonner leur apprentissage et leurs études dans leur pays d’origine.

 Signes d’une adaptation au niveau d’éducation général en Suisse

Ces dernières années, on observe que le niveau d’éducation des musulmanes et musulmans tend à s’ajuster sur celui de l’ensemble de la population : par exemple, la proportion de musulman∙e∙s ayant un diplôme de fin d’études obligatoires a diminué de près de 6 points depuis 2014, tandis que la proportion de ceux et celles qui ont un diplôme de niveau secondaire II et de degré tertiaire n’a cessé d’augmenter depuis 2010. Comme une proportion toujours plus importante de musulman∙e∙s naît en Suisse et y est socialisée, les indicateurs portent à croire que leur comportement en matière d’éducation continue de converger avec celui de la population non musulmane en Suisse.

Niveau d’éducation des musulmanes et musulmans entre 2010 et 2018

2010 2014 2018
Ecole obligatoire 54.9% 54.4% 48.4%
Niveau secondaire II 29.8% 33.3% 36.8%
Niveau tertiaire 8.8% 12.3% 14.7%

Source des données : Office fédéral de la statistique, Neuchâtel, RS 2010, 2014, 2018.

Différences entre les régions linguistiques

Le fait qu’une personne de culture et/ou confession musulmane sur deux n’ait terminé que la scolarité obligatoire s’applique à toutes les régions linguistiques. Cependant, il existe des différences entre la Suisse alémanique et la Suisse romande en ce qui concerne les personnes les plus formées. Alors qu’entre 2016 et 2018, en Suisse alémanique, environ 37 % des personnes interrogées avaient terminé une formation de niveau secondaire II et 12,2 % seulement avaient obtenu un diplôme de niveau tertiaire; en Suisse romande, 29,3 % avaient obtenu un diplôme du secondaire II et 20 % avaient un diplôme de niveau tertiaire. Aucun chiffre fiable n’est disponible pour le Tessin, mais le niveau d’éducation semble plus proche de celui de la Suisse alémanique que de la Suisse romande.

Sources des données : Office fédéral de la statistique, Neuchâtel, RS 2016-2018.

Des différences entre les nationalités

Si l’on compare le niveau d’éducation des musulmanes et musulmans selon les nationalités, de nouvelles différences apparaissent : par exemple, les personnes issues des pays du Maghreb sont plus formées que celles des autres régions. Cet aspect peut aussi s’expliquer par leur histoire migratoire. En effet, par rapport à d’autres groupes ethnico-nationaux, ils et elles ont plus souvent migré en Suisse en tant que réfugiés politiques, étudiant∙e∙s ou travailleurs∙euses qualifié∙e∙s (Gianni, Giugni & Michel, 2015, p. 38 ; Piaget, 2005). En effet, plus d’une personne issue d’un pays du Maghreb sur trois possède un diplôme d’études universitaires ou une qualification équivalente, ce qui est bien plus que chez les musulman∙e∙s de nationalité suisse (environ une personne sur sept ayant un diplôme de degré tertiaire) ou ceux des États de l’Union Européenne et de l’Association Européenne de Libre Échange (AELE) où environ une personne sur quatre a un diplôme de niveau tertiaire. En comparaison, les personnes originaires des pays des Balkans ou de la Turquie ont bien moins souvent un niveau d’éducation tertiaire (environ une sur quatorze chez les personnes originaires des pays des Balkans et environ une sur dix chez celles originaires de Turquie).

On constate aussi, qu’indifféremment des pays d’origine, les personnes de culture et/ou confession musulmane ont une proportion relativement élevée de personnes sans formation professionnelle ou études universitaires. Cependant un examen plus approfondi révèle des écarts importants entre les différentes nationalités : par exemple, alors que 43,9 % des personnes originaires des pays du Maghreb résidant en Suisse n’ont qu’un diplôme de fin d’études obligatoires, ce taux s’élève à 59,2 % des personnes originaires des Balkans, environ 62,9 % des Turcs/Turques et même environ 68,8 % celles et ceux d’Afrique subsaharienne. À nouveau, ce constat s’explique par le besoin de l’économie suisse de travailleurs et travailleuses peu qualifié∙e∙s, ce qui a entraîné une immigration de personnes sans formation professionnelle dans le passé et qui reste une tendance qui se poursuit encore aujourd’hui.

Ces exemples montrent clairement que la situation de l’éducation ne peut être évaluée de manière globale, mais qu’elle varie en fonction du contexte d’origine et des raisons de la migration.

Des différences entre hommes et femmes

Dans l’ensemble, les musulmans de Suisse sont légèrement mieux formés que les musulmanes. Ils sont en effet plus susceptibles d’avoir suivi des études de niveau secondaire II ou tertiaire, tandis que les femmes musulmanes semblent cesser leurs études plus fréquemment après la fin de l’école obligatoire. Cependant, la différence de niveau d’éducation entre les hommes et les femmes varie également en fonction de la nationalité. Les données à disposition montrent ainsi que les musulmanes des Balkans et de Turquie ont un niveau d’éducation plus bas que les musulmanes suisses et celles des pays de l’Union européenne ou de l’AELE. Par ailleurs, en comparaison avec les musulmanes des autres pays, ce sont les femmes du Maghreb qui achèvent le plus haut niveau d’éducation. Pour cette région, le niveau d’éducation est quasiment égal à celui des hommes : alors que les hommes sont légèrement plus nombreux à avoir terminé une formation de degré secondaire II, les femmes sont nettement plus nombreuses à avoir achevé une formation tertiaire. Ils et elles ont un niveau de scolarité obligatoire dans les mêmes proportions.

Sources des données : Office fédéral de la statistique, Neuchâtel, RS 2016-2018.

Dans quelle mesure les musulman∙e∙s sont-ils/elles intégré∙e∙s au marché du travail ?

La situation sur le marché du travail par rapport à la population totale

En 2018, un peu plus de la moitié des personnes de culture et/ou confession musulmane de Suisse exerçaient une activité professionnelle alors, qu’une sur trois était sans activité professionnelle. Ces chiffres correspondent dans une large mesure à ceux de la population suisse totale. Une différence est cependant frappante : en effet, le taux de chômage des personnes de culture et/ou confession musulmane s’élève à 7,3 %, ce qui est plus de deux fois plus élevé que pour la population non musulmane.

Un écart dans l’employabilité

Dans une étude basée sur les données de l’Enquête sur la langue, la religion et la culture menée par l’Office fédéral de la statistique (ELRC 2014), Anaïd Lindemann et Jörg Stolz ont identifié différents facteurs expliquant le risque plus élevé encouru par les personnes de culture et/ou religion musulmane de se trouver au chômage. Selon les auteurs, une différence dans le capital social (niveau d’éducation, compétences linguistiques, réseaux sociaux) explique à 38 % cette variance. En effet, si l’on regarde le niveau d’éducation, il est intéressant de noter que deux groupes ont plus de risques de ne pas trouver un emploi par rapport à la population totale en Suisse : les musulman∙e∙s qui n’ont terminé que la scolarité obligatoire et ceux et celles qui possèdent une formation au niveau tertiaire. Ce constat ne se retrouve pas auprès de la population musulmane ayant terminé une formation de niveau secondaire ou un apprentissage.

Lindemann et Stolz notent ensuite que l’origine migratoire explique à 43,6 % l’écart dans l’accès au marché du travail entre musulman∙e∙s et population totale. Ils soulignent que l’employabilité des personnes de culture et/ou confession musulman∙e∙s dépend moins de la génération de migrant∙e∙s à laquelle ils appartiennent (1ère ou 2ème génération), ou du fait qu’ils et elles aient la nationalité suisse que de leur origine pré-migratoire. Ainsi les musulman∙e∙s issu∙e∙s de contextes non européens, comme l’Afrique du Nord ou subsaharienne, ont beaucoup moins de chances d’obtenir un emploi que ceux et celles qui ont une origine européenne (Balkans).

Finalement, Lindemann et Stolz avancent que la religiosité (calculée à partir de la pratique de la prière et de la fréquentation d’un service religieux collectif) n’explique que le 4,7 % de la variance. Cependant, les données à disposition ne tiennent pas compte de la visibilité de signes religieux qui peuvent être un obstacle à l’insertion sur le marché du travail. Or, des témoignages de femmes portant un voile montrent que celles-ci rencontrent des difficultés parfois importantes dans leur recherche d’emploi.

Population totale Musulman∙e∙s Population totale en % Musulman∙e∙s en  %
Personnes actives occupées 4’359’547 208’760 61,5 % 56,1 %
Personnes au chômage 218’328 27’018 3,1 % 7,3 %
Personnes sans activité professionnelle 2’506’193 136’540 35,4 % 36,7 %

Source des données: Office fédéral de la Statistique, Neuchâtel, RS 2018.

Différences entre les hommes et les femmes

Le nombre de personnes employées et au chômage est nettement plus élevé chez les musulmans que chez les musulmanes. Les données dont nous disposons ne permettent cependant pas de déterminer clairement si les femmes musulmanes sont également plus susceptibles de travailler à temps partiel et si les hommes sont plus susceptibles de travailler à temps plein ou à un pourcentage plus élevé. Cependant, les musulmanes de toutes les nationalités sont nettement plus susceptibles d’être sans activité professionnelle que les musulmans. Cela suggère une tendance vers des modèles familiaux traditionnels dans lesquels les femmes s’occupent des travaux domestiques et de l’éducation des enfants.

Différences en fonction du niveau d’éducation

Le statut des musulmans sur le marché du travail par rapport à celui des musulmanes est très similaire dans les trois régions linguistiques. Toutefois, si l’on compare la situation des musulmanes de différentes nationalités, on remarque que celles du Maghreb et d’Afrique subsaharienne ont trois fois plus de chances d’être au chômage que les femmes musulmanes suisses et près de deux fois plus de chances que les femmes de nationalité balkanique et les femmes turques. Des proportions similaires s’appliquent aux hommes de la même nationalité. Cela confirme l’hypothèse avancée par Lindemann et Stolz selon laquelle les musulman∙e∙s qui n’ont terminé que l’école obligatoire (ce qui est particulièrement fréquent chez les migrant∙e∙s d’Afrique subsaharienne) ou les musulman∙e∙s ayant un diplôme universitaire (ce qui est disproportionnellement fréquent chez les Maghrébins et surtout les Maghrébines) sont particulièrement touché∙e∙s par le chômage, tandis que ceux et celles qui ont un diplôme de degré secondaire II trouvent plus facilement un emploi.

Diversité des pratiques et croyances musulmanes en Suisse

Différentes dénominations au sein de l’[glossary_exclude]islam[/glossary_exclude]

Les personnes de culture et/ou confession musulmane de Suisse ne forment pas une communauté homogène. Au contraire, ils et elles expriment diverses interprétations, normes et pratiques. Cette pluralité des interprétations et des pratiques trouve notamment son origine dans les grandes dénominations auxquelles sont rattaché∙e∙s les musulmanes et musulmans également à l’échelle globale. On différencie ainsi principalement les sunnites, les chiites et les alévis, mais il existe encore d’autres subdivisions confessionnelles à l’intérieur de celles-ci.

Il n’existe pas de chiffres fiables sur le nombre de musulman∙e∙s en Suisse appartenant à ces différentes dénominations. Les estimations approximatives tiennent compte, entre autres, de la répartition en pourcentage des sunnites, chiites ou alévis dans les pays d’origine et appliquent cette répartition aux musulman∙e∙s des pays respectifs vivant en Suisse. Selon ces estimations, environ 85 % de sunnites, 7 % de chiites, 7 % d’alevis et des adeptes de petites minorités comme les Ahmadis vivent en Suisse (De Flaugergues, 2016).

Cependant, et au-delà de ces dénominations, deux éléments doivent aussi être pris en compte. Premièrement, les musulmanes et musulmans mobilisent différemment les normes, pratiques, rituels et croyances en lien avec l’islam. De même, toutes et tous ne leur accordent pas la même signification, ni la même importance. En Suisse par exemple, selon une analyse de l’ELRC (2014), seule une minorité de personnes qui se déclarent musulmanes pratiquent leur religion dans la vie quotidienne (Ibid, 2016). Deuxièmement, dans la réalité, l’assignation à telle ou telle dénomination islamique est complexe : les soufis peuvent être sunnites, chiites ou indépendants des deux. L’islam chiite est par exemple divisé en différents courants. Dans la tradition sunnite, de nombreuses lignes de conflit internes existent et il émerge ainsi des courants spécifiques, par exemple idéologiques et/ou politisés.

Les sunnites

La grande majorité des musulmanes et musulmans et, par extension, des organisations musulmanes en Suisse est sunnite. On estime leur pourcentage à 85 %. Le terme « sunnites » est dérivé du terme arabe sunna : La Sunna (littéralement « coutume, conduite ») désigne l’ensemble des déclarations et des actes du prophète Mohammed qui indiquent la voie à suivre et font donc autorité. Pour les sunnites, la Sunna est la seconde source des normes et des règles religieuses après le Coran.

Au centre des enseignements et des pratiques sunnites se trouve la croyance en un Dieu unique (Allah en arabe), en Mohammed en tant que dernier prophète envoyé à l’humanité, en le Coran en tant que dernière révélation de Dieu, le jugement dernier et les cinq piliers que doit accomplir chaque musulman et musulmane. Ces cinq piliers de l’islam sont 1. La profession de foi (chahada), 2. Les cinq prières rituelles quotidiennes (salat), le jeûne pendant le mois de Ramadan, l’aumône légale (zakat) et le pèlerinage à la Mecque (hajj).

Dans la tradition sunnite, quatre écoles juridiques se sont développées. Chacune propose une interprétation de la normativité et de la légalité islamiques différente et chacune prévaut de façon différente selon les pays. Ces quatre écoles juridiques sont : la malékite (par exemple Maghreb), la hanafite (par exemple Turquie et Balkans), la hanbalite (Arabie Saoudite) et la shafiite (par exemple Egypte ou Indonésie).

Les chiites

Les chiites représentent 7 % des musulman∙e∙s de Suisse. Ils et elles viennent principalement d’Iran et d’Afghanistan. On estime qu’il y a une dizaine de mosquées chiites en Suisse (Schmid & Trucco, 2019).

Les chiites célèbrent en particulier Ali, qu’ils considèrent comme le premier successeur « bien guidé » de Mohammed. Dans la tradition du chiisme duodécimain, la plus fréquente au sein du chiisme, en plus du Coran et de la Sunna du prophète, ils reconnaissent également les déclarations des douze premiers imams, considérés comme infaillibles. Les musulmanes et musulmans chiites font des pèlerinages non seulement à la Mecque mais aussi à Karbala en Irak. Selon la tradition chiite, il s’agit de l’endroit où, au 7e siècle après J.-C., Hussein petit-fils du prophète Mohammed à qui ils et elles vouent un culte, a été tué par des armées ennemies. Outre les cinq piliers, qui sont interprétés de manière semblable dans les traditions chiites et sunnites, les rituels d’Ashura sont importants et constituent une caractéristique spécifique de la pratique religieuse chiite : ces rituels annuels commémorent et pleurent le martyre de Hussein et de ses disciples.

Les alévis     

En Suisse, des estimations proposent que les alévis représentent 7 % de la population de culture et/ou religion musulmane. La plupart de ceux-ci sont originaires de Turquie, pays où vit la grande majorité des communautés alévies. De nombreux alévis et nombreuses alévies considèrent leur tradition comme une religion indépendante de l’islam, d’autres la voient comme une confession séparée au sein de l’islam, et les derniers estiment qu’elle fait partie du chiisme. Les alévis croient en un Dieu créateur, en la perfection de l’homme, qui est atteinte, entre autres, par la pratique des valeurs humanistes, et en Mohammed en tant que dernier prophète. Tout comme les chiites, ils vénèrent aussi le cousin de Mohammed, Ali. Mais contrairement aux musulman∙e∙s chiites et sunnites, les alévis interprètent le Coran comme un texte doté d’une histoire et non comme révélation divine et intouchable ou comme une ligne de conduite normative. Ils rejettent aussi l’idée générale d’une loi islamique révélée qui dicterait par exemple la pratique des cinq piliers ou d’autres règles alimentaires et vestimentaires. Au lieu de se réunir dans des mosquées, les alévis se rencontrent dans des locaux appelés cem. Le cem est aussi le nom donné à un important rassemblement religieux avec récitation de poèmes, danses rituelles et enseignements en langue turque. Les différences de croyances et de pratiques avec les interprétations sunnites et chiites sont importantes au point que les Alévis ne sont souvent pas considérés par les musulman∙e∙s chiites et sunnites comme faisant partie de l’islam.

[glossary_exclude]Ahmadiyya[/glossary_exclude] et [glossary_exclude]soufisme[/glossary_exclude]

Une petite partie des musulman∙e∙s de Suisse appartient à d’autres dénominations islamiques. Parmi eux figurent, par exemple, les adeptes de l’Ahmadiyya, un mouvement transnational sud-asiatique dont l’affiliation à l’islam n’est pas reconnue par de nombreux musulmans. D’autres pratiquent différentes variétés de soufisme. Le soufisme consiste en une approche intérieure de l’islam qui, dans les groupes existant en Suisse, peut être considérée soit comme faisant partie de l’islam sunnite, soit comme une spiritualité totalement indépendante de l’islam.

Les quatre [glossary_exclude]écoles juridiques[/glossary_exclude] sunnites

La grande diversité des interprétations et des modes de vie des personnes de culture et/ou confession musulmane en Suisse n’est pas seulement due au fait qu’ils appartiennent aux dénominations susmentionnées. L’existence de quatre écoles juridiques dans l’islam sunnite est un autre facteur de divergences dans les pratiques, les manières de vivre et les prescriptions normatives. Ainsi, les musulman∙e∙s des pays du Maghreb appartiennent généralement à l’école malékite qui y prédomine, tandis que ceux et celles de Turquie et des pays balkaniques suivent la tradition hanafite qui est très répandue dans leurs pays. Les différences qui existent aujourd’hui dans la pratique entre les écoles juridiques sont minimes. Des détails de la mise en œuvre des cinq piliers, mais surtout des règles juridiques dans les domaines du mariage, de l’organisation familiale ou d’autres domaines de la vie quotidienne peuvent différer.

L’application de l'[glossary_exclude]islam[/glossary_exclude] dans les pays d’origine

Toutefois, la manière dont ces traditions juridiques sont mises en œuvre et interprétées dans les pays d’origine respectifs est bien plus importante que l’affiliation à l’une des écoles. Les musulman∙e∙s de Bosnie, d’Albanie ou du Kosovo sont habitués à une législation laïque. Les multiples prescriptions de la loi islamique, par exemple en matière de mariage, de divorce, d’adoption ou de partage de l’héritage familial, leur sont souvent peu connues ou sans intérêt pratique.

Au Moyen-Orient et au Maghreb, en revanche, ces normes islamiques sont non seulement – de différentes manières – intégrées dans les législations nationales, mais font également objet de débats sociaux intenses. Les musulmanes et musulmans de ces pays d’origine sont donc confronté∙e∙s à la tradition juridique islamique d’une manière beaucoup plus conséquente et se positionnent par rapport à celle-ci également en Suisse : soit ils effectuent un rejet ferme de ces exigences islamiques, soit ils cherchent des moyens de les mettre en œuvre dans le cadre de ce qui est légalement autorisé en Suisse. Ces points de différences ont été montrés dans une étude (Schneuwly Purdie & Stegmann, 2018)  sur la mise en œuvre des exigences du droit successoral islamique par les musulman∙e∙s en Suisse.

En conclusion

Enfin, l’influence des habitudes culturelles et individuelles sur le mode de vie des musulmanes et musulmans en Suisse ne doit pas être sous-estimée. Les rituels, fêtes, croyances et comportements religieux sont toujours influencés par les conditions socioculturelles, politiques et même économiques et se mêlent souvent à des pratiques non islamiques – soient-elles culturelles, coutumières ou autres. À chaque fois influencée par la situation dans les pays d’origine, l’organisation de la vie musulmane en Suisse diffère donc également sur ces aspects.

Littérature

Arsever, E. (2015). Qui sont les Alévis-Baktashis ? Un regard intérieur. In Religioscope

Bashkim I., Ruedin, D., Bader D. & Efionayi-Mäder, D. (2014). La population de Bosnie et Herzégovine en Suisse. Berne : Office fédéral des migrations.

De Flaugergues, A. (2016). Religiöse und spirituelle Praktiken und Glaubensformen in der Schweiz. Erste Ergebnisse der Erhebung zur Sprache, Religion und Kultur 2014. Neuchâtel : Office fédéral de la Statistique.

Fibbi, R., Bülent, K., Moussa, J., Pecoraro, M., Rossy, Y. & Steiner, I. (2014). Les Marocains, les Tunisiens et les Algériens en Suisse. Berne : Office fédéral des migrations.

Gianni, M., Giugni, M. & Michel, N. (2015). Les musulmans en Suisse. Profils et intégration. Lausanne : Presses polytechniques et universitaires romandes.

Gianni, M., Schneuwly Purdie, M., Lathion, S. & Jenny, M. (2010). Vie musulmane en Suisse. Profils identitaires, demandes et perceptions des musulmans en Suisse.

Piaget, E. (2005). L’immigration en Suisse, 60 ans d’entrouverture. Lausanne : Presses polytechniques et universitaires romandes.

Schmid, H., Schneuwly Purdie, M., Lang, A. & Tunger-Zanetti, A. (2018). CSIS-Paper 4 : Jeunes musulmans dans la société. Participations et perspectives. Fribourg : Université de Fribourg.

Schmid, H. & Trucco, N. (2019). CSIS-Papers 7 : Itinéraires de formation des imams en Suisse. Fribourg : Université de Fribourg.

Schneuwly Purdie, M. (2010). De l’étranger au musulman. Immigration et intégration de l’[glossary_exclude]islam[/glossary_exclude] en Suisse. Saarebruck : Éditions universitaires européennes.

Stegmann, R. & Schneuwly Purdie, M. (2019). CSIS-Papers 6 : À propos de l’héritage. Usages et enjeux pour les musulman·e·s de Suisse. Fribourg : Université de Fribourg.

Tunger-Zanetti, A. & Schneuwly Purdie, M. (2020). Switzerland. In Scharbrodt, O. (Éd.): Yearbook of Muslims in Europe, 11.

Liens

Radio Télévision Suisse (2015). Être ou ne pas être musulman. Les Alévis en Suisse.

Premiers résultats de l’Enquête sur la langue, la religion et la culture 2014 (2016). Berne : Office fédéral la statistique.